Votre premier regard sur le monde

14 novembre 2009, 19h48

Après des heures de douleur, d’effort, de fatigue et d’angoisse, tu es parmi nous. La salle est silencieuse. Tu toussotes à peine. Et soudain … nos regards se croisent ! Pour la première fois.

Personne ne nous avait prévenus que le regard d’un nouveau né pouvait être aussi parlant et aussi beau.

Tu as de très grands yeux !  Et des cils déjà si longs ! Il se dégage de ton regard une douceur infinie.  Nous prenons conscience qu’à peine née tu es déjà pleine de sagesse. Éveillée. Ouverte à ce qui s’offre à toi. C’est aussi déroutant qu’hypnotique. Nous resterons ainsi, les yeux dans les yeux pendant 2h15. Je m’inquiète : un nouveau né à peine né n’est il pas censé dormir ? Toi, dès le départ, tu choisis de regarder le monde.

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29 juillet 2012, 2h33

A l’extérieur, cette nuit d’été est étrangement brumeuse. Dans la salle d’accouchement, l’ambiance est à la quiétude.  1 puis 2 puis 3 poussées et te voilà. Nous comprenons que tu es aussi pressée que nous d’échanger notre premier regard.

Et là ! Quel choc ! Tes yeux sont aussi étirés en amande que ceux de ta sœur immenses. Comment cela peut il être possible ? De qui tient tu ce regard si exotique. Si énigmatique ? Les ancêtres mongoles d’une branche de la famille turque de ton père ? De ma mère et mon grand père ? De tous ?

Tu es si belle. Si délicate. Une véritable poupée. Une vraie merveille.

Tu passeras ta première heure un œil fermé et l’autre ouvert. Partagée entre l’envie de profiter un maximum de nous et le besoin irrésistible de te laisser aller au sommeil dans mes bras. Comment concilier curiosité et tendresse ?

 

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27 juin 2014, 0h02

Tu aurais pu naître en pleine après midi. ça aurait été plaisant tu sais  : un soleil flamboyant t’aurait accueilli. Au lieu de ça, me voilà aux premières minutes d’un nouveau jour à pousser de toutes mes forces. Dans ces conditions, nous avons bien compris l’émotion de ton 1er cri. Tu es le seul de nos enfants à apparaître avec le son ! Sonore. Tonitruant.

Et si jamais nous n’avions pas saisi avec ce cri puissant l’intensité de ton mécontentement d’avoir été tiré ainsi de ton cocon, tu poses sur nous un regard froncé. Du reproche ?  Cette petite barre au dessus de tes yeux ne disparaîtra que 36 heures plus tard. Le temps de nous faire pardonner. Le temps de nous apprivoiser. Le temps de te faire comprendre que ce nouveau monde peut être aussi enchanteur que l’autre. Le temps de constater que dans la vie, il faut accepter de ne pas tout maîtriser.

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Aujourd’hui encore, votre père et moi gardons en nous à tout jamais, la photographie de nos premiers regards. Quand on y repense, les émotions s’y référant resurgissent avec forces. Intactes. Envahissantes. Chaleureuses. J’aime m’y plonger les soirs de nostalgie.

Finalement, vous avez ouvert les yeux sur notre monde d’une façon unique. Et aujourd’hui encore il vous en reste quelque chose. De la sagesse et de la naïveté pour Mlle Olympe. De la délicatesse et du recul pour Miss Néphélie. De la critique et de la force pour Ptit prince.

Toutefois, vos regards partagent un point commun. Une couleur qui vous lie. Un bleu. Lumineux. Aérien. Sublime.

 

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Claire, qui dédie cet article à tous les parents dont le regard n’a pas pu croisé celui de leur enfant, parti trop tôt.

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