Ma reprise

Depuis un mois tout pile, quand je croise une personne, j’ai le droit à THE question ! Toujours la même.

« Alors ? Cette reprise de travail ? »

S’en suit généralement l’autre question. Toujours la même.

 » Pas trop dur ? »

 

Alors depuis un mois tout pile, j’ai eu le temps de roder mon discours.

« Oui, ça va, merci de le demander. On cherche encore notre organisation mais ça va. Je suis un peu débordée au boulot mais c’est normal, c’est la reprise. Et puis, j’ai de la chance, mon homme a pris un congé parental donc il ne travaille pas les lundis c’est génial. Pour la maison, on a appris à prioriser et on a acheté un super aspirateur robot ! Et puis, Ptit Prince s’adapte super bien à sa nourrice, c’est top ».

Cette réponse semble convenir à tous mes interlocuteurs. Je n’ai rien omis : mon boulot, la maison, la séparation avec mon bébé. Je ne nie pas les difficultés mais je parle du positif. Ces quelques phrases sont donc réalistes et rassurantes. C’est ce que veux entendre ma connaissance. C’est ce que j’ai besoin de dire pour donner une bonne image de moi.

Oh bien sur, il y a du vrai là dedans MAIS il y a aussi tout ce que je ne dis pas.

Je ne dis pas que je ressens une fatigue au delà de ce que je pensais supportable. Ma famille m’empêche de dormir. Souvent, je rappelle que la privation de sommeil est une torture punissable par la loi mais ni mon homme (qui ronfle plus fort qu’un tracteur), ni Mlle Olympe (qui a peur de la porte fermée mais aussi de la porte ouverte, de l’ombre qui bouge dans le miroir mais aussi de l’ombre qui ne bouge pas), ni Miss Néphélie (et ses terreurs nocturnes) et encore moins Ptit Prince (qui ne sait pas se réveiller après 6h50 ) ne comprennent.

Je ne dis pas que je suis débordée d’un rien au boulot, que je n’arrive plus à prendre de la distance par rapport à toutes ces histoires d’enfants en danger, que je débauche tard tout les soirs et arrive épuisée à la maison.

Je ne dis pas que je n’arrive pas à faire face à tout. Que malgré que ce soit écrit sur le tableau à l’entrée, j’oublie que Mlle Olympe à rendez vous chez l’orthophoniste le mardi, que je dois chercher les courses jeudi après le boulot ou que je dois envoyer le chèque pour la facture d’eau avant vendredi.

Je ne dis pas que je suis angoissée pour notre gestion financière. Deux salaires de nourrice à sortir tous les mois ce n’est pas rien. Surtout que mon homme a pris un temps partiel.

Je ne dis pas que ma maison me désespère. Certes la pièce principale fait illusion car elle est rangée et un peu près propre mais j’interdis l’accès aux chambres, à la salle de bain et ma lingerie vu le bazar sans nom.

Je ne dis pas qu’avec mon homme on ne se parle qu’entre deux portes, et encore, quand on se parle, on ne se comprend pas toujours.

Je ne dis pas que je ne me suis pas épilée depuis noel et que ça me fait honte.

Je ne dis pas que ça me fend le cœur de déposer le matin mon bébé dans les bras de cette femme que j’ai recrutée sur 2 entretiens.

Je ne dis pas que j’ai repris 500 grammes et que j’angoisse à l’idée de reprendre du poids.

Je ne dis pas que j’ai tellement peu de temps libre que je n’ai pas réussi à rencontre la fille de mon amie, née le 2 janvier et que ça m’énerve.

Non, je ne dis pas tout ça car ça serait inintéressant et surtout, je ne voudrais pas donner l’image de moi d’une femme dépassée, débordée et au bord de la dépression. Car ce n’est pas tout à fait ça quand même.

CAR IL Y A AUSSI TOUT CE QUE JE NE DIS PAS

Je ne dis pas que j’ai désormais développé des compétences de maquillage digne d’une pro pour cacher mes cernes et que je suis archi fière de ce savoir faire qui va me suivre toute ma vie.

Je ne dis pas j’adore encore et toujours mon boulot, qu’il m’épanouit et que je suis ravie d’avoir une vie professionnelle riche.

Je ne dis pas que j’ai appris à lâcher et à prioriser. Que désormais, ma priorité c’est de profiter de ma famille et non pas d’avoir une maison parfaite.

Je ne dis pas que malgré mon angoisse du découvert banquaire, on vient de s’acheter une nouvelle voiture familiale. Parce que malgré mes craintes, on peut se le permettre. Parce que c’est essentiel. Parce que c’est une voiture qui nous correspond : elle est GPL.

Je ne dis pas que ça y est ,  samedi, on va passer notre première soirée en amoureux depuis 9 mois et que j’ai hâte.

Je ne dis pas que j’adore mon rituel crème du matin et du soir., que j’adore l’odeur, j’adore la texture, j’adore ma peau grâce à elle.

Je ne dis pas je suis fière de mon ptit prince et de moi aussi. La séparation se fait en douceur grâce à une nounou très professionnelle et très douce.

Je ne dis pas que je me sens bien dans mon corps, ma nouvelle garde robe achetée avant ma reprise. Je ne peux m’empêcher de me sourire dans les miroirs et ça, c’est nouveau.

Je ne dis pas je suis en train d’organiser une soirée terrible avec des copines. Qu’entre filles. Avec bonne bouffe, bon vin et rigolade.

Non, je ne dis pas tout ça car ça serait inintéressant et surtout, je ne voudrais pas donner l’image de moi d’une femme totalement épanouie, parfaite et euphorique. Car ce n’est pas tout à fait ça quand même.

En fait la vérité est complexe. La vérité est tout ce que je ne dis pas. Mais comme ma phrase réponse toute faite convient à tous, je vais garder celle ci.

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Claire, qui aime sa vie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

je suis essentielle à leur vie

 

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2 réflexions sur “Ma reprise

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