Mamie M.

Nous y étions préparés. Mais malgré tout, ça fait un choc.

Depuis des mois, même deux années de mémoire, nous te savions fragile. Il y a eu des bas, des moments on l’on nous disait « c’est la fin » « elle ne passera pas l’hiver » et puis, contre toute attente, tu remontais. Un peu contre ton gré il faut bien l’admettre car tu l’attendais cette grande délivrance, ce grand voyage. D’ailleurs, je me suis souvent posé la question  :  comment se fait il que ton corps soit si combattant, si fort, si résistant alors que ton esprit était déjà dans d’autre sphères ? Les bénéfices d’une vie saine et sans excès très probablement.  Une vie rude certes, de labeur assurément mais aussi et surtout une existence remplie de rires, de partage et de tendresse, ça conserve! Forcément.

 

Je savais que la vie te lassait. Non pas que tu rejetais ta famille non ! mais je pense que le manque des personnes aimées et disparues était devenu plus fort. Ton époux, ton frère, ton enfant, tes parents… Depuis 1923 tu as construit une belle famille, des amitiés durables. Tu en as profité pendant de nombreuses années et je comprends que tu aies pu ressentir cette envie de partir avec ce sentiment « de devoir accompli » « de mission divine achevée ».

 

Malgré ce désir d’en finir, malgré cette envie de lâcher prise, malgré cette foie qui te rassurait, je me doute que tu devais ressentir au plus profond de toi cette peur de l’inconnue. J’espère que cette angoisse ne t’a pas envahi au moment de partir. Je le souhaite de tout mon cœur.

 

Tu sais, aujourd’hui, je suis franchement triste. Non pas parce que tu es partie non, mais parce que tu étais seule quand c’est arrivé. Personne n’a senti que c’était ton grand jour. Personne n’a pu prédire ton heure. J’espère que tu n’as pas souffert. J’espère que tu es partie paisiblement, que ton cœur à lâcher tout doucement.

 

Ce soir, je pense à toi. Le premier soir où tu envahis mon esprit. Je sais que ce n’est pas le dernier, que ce n’est que le début.

Je pense à toi et……. à vous.

Je suis certaine que papy jojo et maman t’ont accueillis très chaleureusement. Ils devaient t’attendre depuis longtemps….5 ans pour être précis car je te rappelle que tu avais annoncé à mon grand père, ton frère, le jour de son enterrement « attends moi, j’arrive bientôt ».

92 ans c’est un bel âge pour mourir.

Une fois arrivée là où tu dois être, j’imagine très bien que tout le monde là haut va de bombarder de questions pour savoir ce qui se passe ici.  J’espère bien qu’avant de donner des nouvelles à chacun, tu prendras d’abord le temps, toi, de profiter de ceux qui t’ont tant manqué. C’est un préalable à mon avis. Je suis sure que tu es d’accord avec moi sur ce point.

Après, telle une messagère, je sais que tu les informeras sur nos vies.

Tu diras à papy que tu as connu Mlle Olympe, l’enfant que je portais dans mon ventre quand il est décédé. Tu lui rapporteras qu’elle porte le prénom de votre mère et que tout comme elle, ma fille a les yeux bleus et une bonté infinie. Prends le temps aussi de dire à maman que Miss Néphélie a son regard, ce qui me désarçonne souvent, et le caractère bien trempé de la famille. Et je sais que tu parleras aussi de Ptit Prince, ce bébé que tu as tenu à venir voir à la maison, ce petit garçon que tu as trouvé si beau alors même que tu ne voyais plus trop bien. Je sais qu’eux deux seront fiers à l’énoncé de ces bonnes nouvelles. Et puis, rassure les à mon encontre. La vie n’a pas toujours été facile mais aussi bien l’un comme l’autre m’ont donné et apporté suffisamment d’armes pour que je sois aujourd’hui une femme épanouie et heureuse qui a fait les bons choix. Dit leur que je les remercie et les chéries. Dit leur que je pense à eux tous les jours. Dit leur qu’ils me manquent. Profondément. Viscéralement.

 

Je prie pour que l’endroit où tu es correspond à tes attentes. Que tu es heureuse et ce, pour l’infinie. Dans les prochains jours je guetterais le moindre signe provenant éventuellement de ta part signifiant pour moi que tu en paix.

 

Attends moi aussi. Je compte bien qu’à ton tour, tu m’accueilles dans la bienveillance et le sourire le jour où ce sera mon tour de quitter la vie. Le plus tard possible que l’on soit d’accord, mais tout de même, quand viendra mon crépuscule, j’espère bien te sentir.

 

Au revoir mamie M.

 

Claire, si triste et en même si temps si heureuse pour elle.

 

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4 réflexions sur “Mamie M.

  1. Tu me fais pleurer ! J’ai perdu mon grand pere, il y a bientot 3 ans et ma baboum, depuis se laisse doucement partir . Je sais que pour elle, ce sera une délivrance mais je redoute ce moment . Merci pour ce très bel article ! J’aime ton écriture, j’aimerais trop savoir ecrire de la meme facon ! Bravo !

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