Je suis Charlie.

Je suis une femme active. Une femme moderne. Je me plais à tout mener de front avec énergie et positive attitude : maquillage, ménage, éducation bienveillante, réunion, câlin, travail, courses, cours de musique, blog, rédaction de rapport, bulletin de salaire de la nounou, thé avec les copines … C’est mon challenge. C’est ma vie.

Et puis, à 3 reprises, j’ai connu des temps de pause que j’appelle mes « espaces bulle ». Plusieurs mois pendant lesquels je me consacre uniquement à une chose : ma famille. Accueillir un nouveau-né nécessite de se poser, de ralentir le rythme fou du quotidien, de prendre le temps de savourer le présent.

Il y a une semaine, cet espace bulle prenait fin. Mercredi dernier, le 07 janvier 2015, je savourais mes dernières heures de femme au foyer. Comme toute jeune maman, je suis prise dans des contradictions :

* je culpabilise de laisser mes enfants et en même temps je suis excitée à l’idée de reprendre une vie sociale

* je crains de ne pas parvenir à tout gérer, famille-boulot-quotidien tout en ressentant une joie intense à l’idée que je vais avoir (enfin) du temps pour moi

* …

Bref, des sentiments paradoxaux très normaux. Une phase incontournable. Le malaise habituel avant le grand retour dans la société.

Mercredi dernier, j’étais donc dans toutes ces contradictions. et puis, j’ai entendu un échange entre Mlle Olympe et son frère et sa sœur :   « demain, moi je vais à l’école, toi chez tatie nadette et césar chez cathy. On sera tous séparés mais le soir, on rigolera ensemble dans le bain, on sera trop content de se revoir vous aller voir  »

Cette scène me fait soudainement prendre conscience que ma famille est prête à ce que je m’excentre d’elle et qu’il est temps pour moi de retourner dans la vraie vie. Sereinement.

 

Puis en un instant, mes certitudes sont devenues angoisses. Mon envie d’ouverture s’est transformée en besoin viscéral de ne pas quitter ma famille.

Les images qui défilent en boucle à la télévision contrastent avec la vision de mes 3 bambins évoluant dans mon décor. Tandis que je regarde saisie d’effroi les bandeaux d’informations notifiant une attaque terroriste contre charlie hebdo, mes enfants montent ensemble un circuit de train en bois. A mesure que l’on annonce le nombre de morts, j’entends les filles négocier pour savoir qui aura le train jaune. A l’instant où je saisie l’identité et la valeur des gens tués, j’entends mes 3 petits rires au éclat en regardant le train évoluer seul sur les rails.

Alors que mercredi 07 janvier 2015 dans la matinée, j’étais prête à m’ouvrir vers l’extérieur et retourner au travail, paisiblement,  l’après-midi je ressentais un sentiment d’inquiétude animal qui me donnait envie de rester cloîtrer dans notre cocon avec mon homme et mes enfants.

 

Reprendre le travail, un jour de deuil national ce n’est pas banal.  Toute la journée, je me pose la question : quitter ma vie de mère au foyer à 100% pour retourner vers la vie normale, la société, celle là même qui s’avère violente, individualiste, folle et intolérante… est ce que ça vaut le coup ?

Je suis mal. Je ne me souviens pas avoir été aussi bouleversé en laissant mes enfants . Prendre conscience de la vulnérabilité de son bonheur,  la cruauté de certains fanatiques et  la fragilité de nos droits me perturbe profondément. L’avenir m’angoisse. Que va t il se passer ? Au niveau sociétal ? au niveau politique ? à mon niveau ?

Toute la journée, je reste connectée à internet et j’ai vu.  J’ai vu la mobilisation des Français. L’élan d’amour, de cohésion et de partage. C’était beau, spontané, positif.

Le week end suivant, je me suis associée à cette force. Au milieu de la foule, mes craintes se sont muées en espoir. Et si finalement, cet épisode tragique permettait de ressouder notre nation ? Et si l’individualisme laissait place à la cohésion ?  Et si leurs morts nous  permettaient à nous tous de se lier pour construire ensemble une ligne de conduite meilleure ?

Ce samedi là,  j’ai compris qu’effectivement, il était bon pour moi de m’ouvrir et de participer à la vie de cette société …. pour moi, pour mes enfants, pour vous.

 

Alors oui, se centrer sur sa famille c’est important. Profiter à fond du bonheur de son foyer est essentiel. Préparer sa famille à la vie à l’extérieur ‘est primordial.  Mais participer à la vie sociale est un devoir. Et concourir au destin de sa nation, dans l’union et la bienveillance, est un challenge. J’ai pris conscience de ça ces dernier jour. C’est désormais ça ma vie.

 

Claire, qui est et sera Charlie encore longtemps

 

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PS : merci mesdames et messieurs d’avoir donné votre vie pour des valeurs qui fondent notre nation mais surtout milles merci et de douces pensées pour vous qui avez permis à notre pays de se souder et de s’unir. Votre sacrifice ne sera pas vain. Nous nous rappellerons à jamais que vous nous avez permis d’être fier d’être Français, de nous sentir fort et invincible. Du moins, c’est mon voeux le plus cher pour 2015.

 

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