J’ai plus de nénés mais j’ai eu une idée !

Enfant, je me souviens avoir été surprise par l’image de ma tante allaitant son nouveau-né. Ce tableau m’a fasciné. Le regard de la maman sur son enfant. Le corps détendu du bébé. Ils semblaient seuls au monde alors qu’un joyeux bazar s’animait autour.  J’ai trouvé cette scène belle. Magnifiquement belle.

Et puis à l’adolescence, ma mère est tombée malade, elle avait 32 ans. Le cancer a rongé sa poitrine. Tandis que la mienne naissait, la sienne la tuait.

A l’âge adulte, tandis que des copines donnaient naissance à leur 1er enfant et se positionnait sur le sujet de l’allaitement, avec conviction et passion quelque soit leur choix, moi, je ne parvenais pas à me projeter. Trop d’idées contradictoires. Alors j’éludais la question : on verra quand je serais concernée.

Début mars 2009, j’apprends que je suis porteuse de la mutation génétique BRCA1. Ainsi, donc, ma mère m’a transmis son gène malade. On m’explique ce que je sais déjà : j’ai plus de 80% de risques de tomber malade. Ce cancer sera rapidement invasif. Mon corps ne répondra pas aux traitements. L’oncogénéticien me conseille ce que j’ai déjà envisagé : la double mammectomie prophylactique. J’ai 26 ans, je vais devoir prendre une décision importante dans ma vie et ………  je ne le sais pas encore : je suis enceinte. Je vais devenir mère d’une petite fille. A l’annonce de cette nouvelle, ma position est claire : je refuse qu’elle vive mon histoire et celle de ma mère : assister à la maladie, grandir sans sa maman. Alors tandis que mon ventre s’arrondit, j’avance dans mon projet d’ablation de la poitrine. J’enchaîne les rencontres avec la sage femme et les rendez-vous avec les chirurgiens et les psychologues. Je suis le protocole.  On ne me questionne pas sur mon désir ou pas d’allaiter : il est évident que je ne peux pas investir ses seins qui je soupçonne de vouloir me trahir à tout moment. Mlle Olympe naît. A ce moment précis, pour la 1ère fois, on me propose de lui offrir la « tétée de bienvenue ». Je pose alors le regard sur mon homme qui me fait comprendre avec tendresse « fait comme tu le sens ». Je tente, je m’applique mais sans conviction. Ma fille le sent et n’adhère pas. Finalement, il est plus facile d’affirmer que mon enfant refuse la tétée que d’admettre que je suis déjà détachée de mes seins.

L’opération que j’ai tant espérée se déroule quelques mois plus tard. Avec l’ablation de la glande mammaire j’ai perdu des sensations, de l’esthétisme MAIS j’ai gagné de la sérénité et des années de vie. Les semaines passent. Le sujet n’est plus quotidien. On passe à autre chose.

Deuxième grossesse. La question de l’allaitement est vite élucidée : je ne peux pas. Pour être plus précise : je ne peux plus. Mais bizarrement, je prends conscience d’une chose : l’allaitement, ce n’est pas seulement nourrir son enfant, c’est aussi un lien, un contact, un mode de relation unique avec son bébé. Je m’informe sur le sujet et ça me passionne. Cependant, je ne me sens absolument pas concernée. Miss Néphélie parait et je découvre avec elle le portage. Qu’il est bon d’avoir son enfant contre soi, d’échanger des regards, de respirer sur le même rythme.

Un an plus tard, je subis une nouvelle opération, pour l’esthétique. Il est devenu important pour  moi de montrer une belle poitrine à mes deux filles. L’image que j’avais de mes seins fourbes et tueurs évolue. Je réapprends à respecter mes nénés. Je n’ai plus peur d’eux. Je les accepte.

Les mois passent. Je suis de nouveau enceinte. Cet enfant sera notre dernier. Je me surprends à regretter de ne pas avoir la possibilité d’allaiter. Je mets du temps à admettre cette émotion. Clairement, je ne regrette en rien mon opération mais pour la première fois, je prends conscience de son effet irréversible : je ne pourrais jamais accomplir pleinement mon rôle de mère, faire ce que nous les femmes sommes programmées à faire  : nourrir mon enfant. Comment ne pas regretter de ne pas offrir à son bébé la meilleure nourriture qu’il soit, le meilleur de soi ? Comment ne pas déplorer ne jamais connaitre la sérénité physique et psychique que semble procurer l’allaitement ? Comment ne pas pleurer à l’idée de ne jamais connaître ce lien qui semble si doux, si naturel, si particulier.

P’tit prince César est parmi nous depuis 2 minutes et instinctivement, je le pose contre mon sein. Je me surprends à l’installer en position berceau. Je sens son souffle contre ma peau. Nos yeux ne peuvent se détache de l’un de l’autre. On partage notre chaleur. Alors, je le nourris au biberon, la tétine la plus près possible de mon corps. On est bien. Lui et moi sommes paisibles. Je me sens une mère accomplie.

Depuis, de temps à autre, je nourris mon enfant dans cette position. Quand lui ou moi en avons besoin. Bien évidemment qu’à ce moment là, je ne nourris pas mon enfant de mon lait cependant, je prends conscience que je le nourris d’une autre chose aussi importante : mon amour. Parce que oui, allaitement n’est pas seulement un échange de liquide, c’est plus que ça, les mamans le savent. Dans cette posture nos corps sont détendus, nos regards sont plantés l’un dans l’autre, on se sourit, on se touche, on se hume. Ainsi, j’ai l’impression de toucher du doigt ce que les femmes allaitantes peuvent ressentir et vivre. Et mon fils me le rend bien.

Alors ,oui je n’ai plus de nénés nourriciers mais j’ai eu cette idée : nourrir mon bébé au biberon dans la posture d’allaitement. J’imagine que ce n’est pas un fait nouveau, beaucoup doivent le faire mais me concernant, c’est révolutionnaire ! C’est la preuve que j’ai admis et accepté les conséquences de mon opération sans pour autant renoncer.

 

Claire, allaitante au biberon

 

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26 réflexions sur “J’ai plus de nénés mais j’ai eu une idée !

  1. Jai peur……..quand je lis ton histoire mes poils se levent … pk ? Parce que je vais peut etre subir la meme chose…mon arriere arriere grand mere est decedé du cancer du sein. Mon ariere grand mere aussi. Et ma mamie aussi. …ma mere refuse de se faire surveiller elle na jamais passer de mammographie et ma sage femme ma demander de faire le test génétique mais jangoise 😦
    Je te trouve très courageuse

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  2. Tu n’as peut être plus de néné mais tu es une mère aimante et dont le bien être bien être de ses enfants restent la priorité.
    Tu as fait le choix de vivre, de les préserver des souffrances que tu as connus, du vide que laisse la perte d’un parent…
    Tu as sacrifié un morceau de ta féminité, du mois temporairement, pour donner un sens à l’avenir, au mot famille…
    J’admire la mère que tu es pour toutes ces choses (et d’autres encore)

    Aimé par 1 personne

  3. Whaou…. J en pleure d emotion…. Merci à toi de partager ce bout de vie. merci à toi…. Vraiment, je n arrive pas à écrire quelque chose tellement les émotions différentes me traverses….

    Tu es très courageuse et whaou quelle force ! Bravo bravo et encore bravo !

    mélodie, allaitante mais admiratrice !

    Aimé par 1 personne

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