Défi de novembre 2014 – jour 20

Défi de novembre 2014 – jour 20

Journée internationale des droits de l’enfant

Pour ce thème, je vais te parler de mon boulot. Car oui, je t’en ai pas encore parlé mais sache que je suis assistante sociale …… et à l’ASE (aide sociale à l’enfance) en plus ! C’est pas facile pour moi de le dire/écrire parce que direct, tout le monde à son opinion, idées pré conçues sur ce métier. La preuve :

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Sans oublier l’idée que je retire les enfants des familles en un claquement de doigts, que j’ai le pouvoir d’attribuer ou non de l’argent à n’importe qui, que j’aide que les autres et jamais vous … .Et que j’y prends du plaisir !
Bref, mais laisse moi te parler de mes VRAIES missions actuelles.
Je suis donc assistante sociale à l’ASE au sein d’un département. Je fais partie d’une équipe appelée IP/AED (oui je sais : ça ne te parle pas, mais c’est ça aussi la joie du service social : les sigles !). IP = information préoccupante, ce que tu peux appeler toi « signalement d’enfant en danger ». AED = aide éducative à domicile, ce que tu peux comparer aux émissions « le grand frère » ou  « Super Nanny » . Non je éconne hein, c’est un accompagnement éducatif / soutien à la parentalité / prévention, d’une famille, à leur demande, avec des objectifs précis. On ne fait pas des miracles éphémères en 1 semaine non ! On tente de travailler et faire évoluer les choses de façon positive et durable !
Voilà pour le contexte.

Après laisse moi t’expliquer concrètement mon travail. Pour plus de clareter et pour éviter de te perdre, sache que je simplifie quelque peu les choses ;).

Comme tu les sais surement, n’importe qui peut « signaler » la situation d’un enfant qu’il estime en danger physique, moral, sexuel ….. La démarche est simple et essentielle : soit tu contactes le 119 soit une assistante sociale près de chez toi. Le professionnel te posera alors des questions pour cerner en gros le/les problème(s). Je t’invite à être le plus précis possible car ta parole sera une base de travail et de communication avec la famille. Il est facile de nier de grandes idées mais bien plus ardu de s’expliquer et justifier des actes très précis. Egalement, tu peux faire le choix de rester anonyme cependant, je t’assure que ce n’est pas une bonne idée. En effet, il peut être important que nous, les assistantes sociales chargées du dossier, de te recontacter pour avoir plus d’information voir aussi t’aider dans ta posture vis à vis des parents et de l’enfant. Et puis sache que très souvent, les parents ne sont pas surpris. Ils savent. D’ailleurs, quand on laisse à voir nos difficultés avec nos enfants n’est ce pas une façon d’appeler à l’aide ?

L’IP concerne tous les milieux sociaux, tous les types de famille. Il est faux de croire que seules les familles dites fragiles sont concernées. Pour tous, nos interventions, il est vrai, sont très souvent vécues comme un cataclysme mais il permets aussi de poser les choses. Il est parfois difficile de parler de ces problèmes et encore plus de les affronter.

Mon service reçoit les IP qui concernent les familles de notre secteur. Pour te donner une idée, je reçois entre 2 et 4 nouvelles situations par semaine. Dès lors, j’ai 3 mois pour EVALUER la situation c’est à dire faire une photographie de la situation à un instant T en répondant aux questions suivantes :

– les parents sont ils en difficulté éducative avec ses enfants ?

– Les enfants sont en danger ? en risque de danger ? Si oui, sur quels points ?

– La famille est elle en capacité de solliciter de l’aide ? d’accepter et mettre en place l’aide ?

– Les parents sont ils soutenus par de la famille ? des partenaires ?

Pour être la plus objective et la plus proche de la réalité possible, je rencontre la famille en moyenne 3 fois dont 1 à domicile. le 1er entretien est toujours sans les enfants, c’est un premier contact avec les parents, pour expliquer les choses, dédramatiser (ou pas) mon action, instaurer le dialogue (ou pas) et la relation de confiance (ou pas).  Avec l’accord des parents, je contacte également les écoles, les crèches, les multi accueil … si les enfants les fréquentent. Me concernant, l’IP n’est qu’une base de travail, ce n’est en rien la réalité ! Je ne cherche pas à vérifier les dires de l’IP mais comme dit plus haut, à mettre à plat la situation réelle de la famille.

A l’issue des 3 mois, je dois produire un rapport = un exposé de la situation (ce que j’ai vu, entendu, recueillis, compris) + mon analyse et mes conclusions. La famille est TOUJOURS informée de mes orientations. Après, que l’on soit d’accord ou pas, c’est un autre problème mais il n’y a pas de surprise ni de duperie.

Par la suite, mon évaluation est présentée à une commission composée de collègues et de cadre de la protection de l’enfance en autre. A la lecture de mes éléments, cette commission statue. Ce n’est donc pas moi qui suis décisionnaire de la suite des événements ! Je n’émets qu’un avis. Bien sur que les faits que j’apporte vont dans le sens de ma conclusion, cependant, mon analyse et ma conclusion ne sont pas toujours suivis.

Pour faire simple, il y a (en gros) 4 suites données à une IP :

– un classement sans suite lorsqu’il n’y a aucun élément de danger repéré ou bien que je n’ai pas assez de matière pour demander une aide

– une demande d’accompagnement par le service social : on propose à la famille de rencontrer régulièrement l’assistante sociale de son secteur pour travailler sur le budget, le soutien à la parentalité ….

– une demande d’aide éducative à domicile (AED) : la famille accepte de bénéficier d’un accompagnement éducatif sur des points précis (par exemple : aider la maman à poser son autorité, accompagner le père vers le soin, repositionner la place de chacun, accompagner la famille à inscrire l’enfant à des activités extérieures …)

– une demande vers le Juge des enfants (JE). Il y a plusieurs types de demande mais quand on en arrive là, c’est suite à la conjonction de deux éléments : les enfants sont en danger ou en risque de danger avéré ET la famille refuse les soutiens ou ne met rien en place pour protéger leur enfant. Ou sinon, que j’ai besoin de plus de temps pour évaluer la situation du fait de la non coopération des parents. Quand on en arrive à solliciter le juge c’est  un échec pour nous : ça signifie qu’on n’est pas parvenu à soutenir l’enfant, la famille. Alors non, décidément, on ne prend pas plaisir à présenter le dossier au JE.

Tout comme la commission, le juge peut suivre nos conclusions ou pas ! Il peut ordonner une investigation, la mise en place d’un éducateur ou un placement de l’enfant. La grande majorité des cas, un placement est PRÉPARÉ. L’idée que l’on retire un enfant de sa famille du jour au lendemain est exagérée. Certes ça arrive … mais dans les situations extrêmement graves uniquement, et c’est toujours dans l’intérêt de l’enfant.

Ce dont j’ai peu parlé depuis le début de cet article c’est de l’enfant en lui même. Il ne faut pas perdre de vue que j’aide une famille mais que ma priorité est de protéger l’enfant. Est il respecté dans son corps, son esprit, sa construction … ? Comment vit il au sein de sa famille ? A t il est ressources nécessaire en lui pour pallier les difficultés de ses parents ? A t il des échappatoires extérieures ? Car oui, même si sa famille est en difficulté, un enfant peut malgré tout se construire et s’épanouir. A nous de le soutenir, de l’aider, de accompagner. De tenter de .. je devrais dire. J’ai des souvenirs à la pelle d’enfant exceptionnel.

Aujourd’hui, après pas loin de 10 ans de pratique, je suis en mesure de dire que je suis encore émue par les situations. Il y a de plus en plus de situation d’enfant en souffrance suite à la séparation du couple parentale. En effet, quelle tristesse de voir des parents se séparer et oublier qu’ils en commun des enfants qu’il convient de protéger du conflit qui les anime. Ces hommes et ces femmes dans leur douleur/colère/rancœur/haine ne sont plus en mesure de voir leur enfant, l’entendre, le respecter. Ils peuvent oublier qu’ils ont aimé l’homme ou la femme qu’ils ont choisi comme père ou mère, qu’ils ont fait un bout de chemin ensemble et que l’enfant est la réalité de cet amour (même amour éphémère). Critiquer l’autre parent c’est blesser l’enfant dans ce qu’il est.

Ou encore (en réduisant au maximum hein) ces parents épuisés ou qui ne savent pas comment faire avec leurs enfants et qui ne leur apportent aucun cadre, aucune limite, aucun interdit. En conséquence, on découvre des enfants qui se sentent en insécurité et des adolescents qui testent leur propre limite avec des comportements à risque.

Et enfin (je sens que je vais me faire lyncher là), que dire des professionnels (instit, animateur, orthophoniste…) qui sont au contact d’enfant en souffrance et qui n’osent pas nous contacter par peur, probablement, par peur de perdre le lien avec la famille et/ou de subir l’agressivité des parents. Pourtant, un simple appel vers  nous  permettrait d’être soutenue et de se questionner : peux t on aider la famille sans passer par une IP ? comment annoncer à la famille nos inquiétudes ? Les inquiétudes sont elles justifier ? …

Et voilà, quand le sujet touche mon boulot, je m’emporte, et m’étale, c’est plus fort que moi. Il faut dire aussi qu’une partie de mon travail est également de faire de la prévention / information au public, chose que l’on fait peu au quotidien par manque de temps. Remarque tu noteras que je ne t’ai pas parlé du manque de moyen humain et financier qui grippe la machine de la protection de l’enfance.

EN SOMME, en cette journée des droits de l’enfant, je souhaitais te rappeler qu’en France aussi, la condition des enfants peut être difficile mais que l’on a de la chance d’avoir des dispositifs pour les aider/protéger.

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Claire, assistante sociale

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