Recette d’amour

Il parait que les recettes de cuisine se transmettent de mère en fille. Que c’est une composante essentielle de l’héritage familial. Que c’est une tradition ancestrale.

Il semblerai également que ce n’est pas seulement le partage d’une recette qui se joue dans cette histoire là. Qu’il y a aussi et surtout de l’amour, du partage, de la complicité et de la fierté.

A plusieurs reprises, j’ai été témoin de ces petits échanges  :

– une copine présente son plat en déclarant avec orgueil « le gratin dauphinois de mamie Huguette » ;

– un léger clin d’œil est échangé entre une cousine et sa mère quand elle ajoute l’herbe aromatique qui donne « LA petite saveur personnelle » au plat qui mijote ;

– une réunions de famille joyeuse, où les enfants devenus adultes se remémorent « l’exquise soupe » que leur maman faisait les soirs d’hiver ;

– une collègue de boulot déclare sur un ton énigmatique  « recette de famille » pour ne pas dévoiler le secret de la composition de son déjeuner qui sent si bon.

J’avoue que devant ces scènes, je boue intérieurement. Un sentiment de jalousie puissant et douloureux m’envahi. Car comme vous pouvez le  constatez, moi j’écris : « il parait », « il semblerai » … car ma mère n’a pas eu le temps de me léguer ces petites astuces culinaires (ni l’amour, la fierté et la complicité qui va avec).

Je me rappelle bien qu’elle sortait de temps à autre, le gros livre de recette de sa propre mère, cahier jauni par le temps, à la couverture usée et l’écriture intérieur très petites. Je l’a revoie au dessus de la cocotte manipuler avec dextérité le fouet, les épices ou les aromates. Je me souviens bien de son sourire satisfait quand le mélange était à son goût. Je visualise encore l’assiette de son pot au feu, de son potage à la tomate, de ses lasagnes, de son taboulé, de sa tarte aux pommes.

Mais le temps lui a manqué pour que l’on partage  ensemble, qu’elle m’éduquer, qu’elle m’inscris par le biais de la cuisine, à notre histoire familiale.

 

En fait, ce que je viens de vous livrez est quelque peu erroné. En effet, j’ai en mémoire une scène, unique,  qui pourrait coller à notre sujet. Cette scène m’est revenue très récemment.  Je n’ai pas de film très précis avec le son, les odeurs, les émotions … juste quelques images, flashs.

La cuisine  inondée de lumière.

Ma mère et moi  devant la sauteuse dans laquelle dorent des lardons.

La grande casserole d’eau qui frémis.

J’ai la cuillère en bois à la main.

L’ail, le thym, la crème sont posés sur le plan de travail,  à côté de ma mère.

Elle me donne des instructions. J’écoute avec sérieux.

Bref, nous préparons pour la famille des « tagliatelles à la carbonara » un dimanche midi.

Ce souvenir donne soudainement  un sens à un de mes ‘T.O.C’

En effet, depuis de nombreuses années (13 ans pour être précis), je m’acharne à cuisiner des « tagliatelles à la carbonara » toutes les semaines (plusieurs fois par semaine même quand je ne vais pas bien) … alors que je ne prends aucun plaisir à manger ce plat.

Pourtant je m’acharne !! Je tente à chaque essai d’améliorer la recette. Tantôt j’ajoute plus de crème. Tantôt je verse l’ail en toute fin de préparation. Tantôt je mélange le thym avec les lardons avant de les faire cuire… Quoi que je fasse, chaque cuillerée portée à ma bouche me laisse une sensation d’insatisfaction démoralisante. Je comprends désormais que cette manie et cet entêtement ont un sens. C’est un lien entre ma mère et moi. Aussi, quoi que je fasse, je n’arriverai jamais à aimer les tagliatelles à la carbonara, car le goût que je recherche n’existe plus et n’existera plus jamais.

 

Cependant, ce souvenir donne aussi un autre sens à une scène quotidienne et joyeuse chez moi. En effet,  je prends soudainement conscience que nous ne cuisinons jamais seul à la maison :

– Monsieur épluche ; Mademoiselle Olympe lave ; moi je cuisine.

– Ou encore, M. prépare la pâte à pizza ; moi je sors les différents ingrédients ;Mlle Olympe râpe le fromage.

– Ou encore, moi je pèse la farine, le sucre, le beurre, le lait ; Mlle Olympe mélange et fouette les ingrédients ; M. fait sauter les crêpes.

– Ou encore, Mlle Olympe hurle avec entrain une idée de recette ; M., la tête dans le placard, confirme la présence ou non tout le  nécessaire ; moi, je souris devant ce spectacle.

Aussi, je me dis qu’inconsciemment, j’ai provoqué dans la famille que j’ai construite, ces scènes que je jalouse. J’ai créé ces temps de partage, d’amour, de rigolade et de découverte entre membre d’une même famille. Ce vecteur de lien, de complicité et de complémentarité.

 

Aujourd’hui,, je suis si fière de constater que Mademoiselle Olympe, dès l’âge 18 mois, s’est impliquée dans la préparation du repas. Qu’elle prends beaucoup de plaisir à faire avec nous ET à faire pour nous. Et quel bonheur de constater que Miss Néphélie commence à exiger à être à notre hauteur quand nous cuisinons.

Enfin, depuis la réminiscence  de ce souvenir et ces prises de conscience, je me suis ouverte à la cuisine familiale. Il est certain que je n’aurai jamais plus accès à la cuisine de ma mère MAIS je peux malgré tout apprendre auprès de mes tantes, ses sœurs. Je ne m’étais jamais autorisée à les solliciter avant, ne me sentant pas légitime à leur demander leur secret.  J’avais tort. Mes sollicitations ont été accueilli à bras et cœur ouvert. C’est ainsi que Diane, ma tante la plus proche de ma mère, vient de m’apprendre à réaliser un plat typique, simple et familiale : le boeuf carotte. Mais attention ! Pas une recette commune NON, SA recette, celle avec sa touche personnelle.

Tel un trésor, je conserve précieusement son enseignement. Ce plat me nourrit physiquement mais  nourris aussi mon cœur et mon moral.

Et soyez sûre !! je vais me faire un devoir de transmettrais à mes filles, cette simple recette, preuve de notre inscription dans la  lignée familiale ; preuve de ses valeurs d’amour, de partage et de convivialité.

 

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